Je relis Sylvia chaque fois que je vais bien, pour préserver mon état présent et nourrir l'illusion que les choses sont immuables. Mon exemplaire le plus cher comporte des passages soulignés de différentes couleurs, selon l'anxiété du moment. « Je voulais faire quelque chose. Je ne voulais pas de quelque chose à faire ».

Publié en 1992, largement autobiographique, c'est « une petite et désolante folie à deux ». Toile de fond : le New York de la Beat Generation des années 1960, le San Remo Cafe à Greenwich Village, un oisif qui tombe amoureux. Sylvia Bloch apparaît chez son amie, brossant « ses longs cheveux noirs d'Orientale ». Le ton bascule : la spirale se resserre, le serpent saisit sa proie — le serpent étant Sylvia, non par méchanceté mais par « éthologie ».

Le journal du narrateur s'intercale dans le récit, d'une prose « limpide, mais catatonique ». Question posée : dépendance affective ou femme « magnétique comme un gouffre » ? Aucune complaisance ; l'existence du narrateur est catalysée par Sylvia. Rencontre avec Kerouac : « J'étais malheureusement normal, j'étais normalement malheureux. »

Léonard Michaels (1933-2003), professeur de littérature anglaise à Berkeley pendant vingt-cinq ans, peu prolifique mais auteur de « diamants tranchants et foudroyants ». Sylvia « fait suffisamment mal pour qu'on en ait assez ».